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Chantage au départ

La question

Mon ex-mari dont je suis séparée menace constamment notre fils âgé de trois ans de partir à l’étranger et de le priver ainsi de son amour par ma faute. Comment éviter ce chantage insupportable?

Le proverbe du sage Nô-Mi

Si ton voisin menace de couper ton arbre, avant de t’en lamenter, assure-toi qu’il possède une hache...

 

La réponse du psy

Votre question soulève un problème grave et délicat, celui du chantage sous toutes ses formes. Arme privilégiée des faibles, des odieux et des mauviettes, il n’est en réalité qu’un leurre dangereux, piège vicieux dans lequel il ne faut en aucun cas mettre le pied. Dans votre situation, il paraît d’autant plus détestable qu’il s’exerce sur un enfant qui n’a pas encore les moyens de relativiser les choses, de reconnaître la vacuité de certaines menaces et dont les yeux remplis de larmes ne voient qu’un être aimé qui risque de disparaître, loin, très loin. J’ose espérer que l’attitude mesquine de votre mari cache un désarroi profond plutôt qu’un acte réfléchi visant à vous blesser et à rendre encore plus insupportable l’épreuve de la séparation, du couple qui se déchire et se dispute l’amour d’un petit être innocent, incapable de comprendre pourquoi papa et maman ne vivent plus ensemble et mènent l’un contre l’autre une guerre bête et méchante. Il n’y a rien de plus facile que de se livrer au chantage: pas besoin de s’appeler Bonnie and Clyde, de braquer des banques, de prendre des photos compromettantes d’une personnalité médiatique pour s’improviser gangster de la conscience humaine. Il suffit de s’en prendre aux choses qui ont de la valeur pour autrui et de faire planer au-dessus d’elles le spectre de la désolation, de la ruine et du chagrin. Si tu ne fais pas ce qui me plaît, je détruis ce que tu aimes et, du même coup, je démolis ta vie. Cruel dilemme: si je ne cède pas, que va-t-il m’arriver? Vais-je porter la lourde responsabilité d’un désastre annoncé? Qui prendra le risque d’affronter crânement la menace et refusera de capituler?

D’une part vous craignez que votre fils de trois ans souffre moralement et psychiquement de l’absence de son père, d’autre part, et c’est je pense ce qui vous fait le plus mal, vous imaginez toute l’acrimonie et l’amertume que votre enfant risque de vous témoigner, à terme, parce qu’il vous rendra responsable de ce départ définitif. Le décor est posé, le compte à rebours peut commencer: que l’on appelle ça une prise d’otages, un racket, une mise sous pression, l’issue du drame se joue entre vous, les adultes. Soit vous le suppliez d’arrêter ce jeu macabre et votre souffrance légitime apportera du baume au coeur meurtri de cet homme qui se sent “largué”, soit vous l’envoyez se faire cuire un oeuf d’autruche dans un pays lointain et c’est le petit qui paie les pots cassés. D’ici quelques années, rebelote, vous sombrez dans l’affliction et la misère affective parce qu’il vous demande des comptes et vous accuse de l’avoir privé de ce papa qui, pourtant, l’aimait tendrement ... Quelle belle vengeance quand même. Et dire qu’il a fallu des millions d’années d’une patiente évolution du genre humain pour en arriver là: des bipèdes dotés d’un cerveau capable de dépenser tant d’énergie en crasse trivialité. Bravo! C’est bien joué. Mais il y a un hic: le chantage n’est pas un champion en matière d’endurance. S’il est capable de nous tenir en haleine quelques temps, il ne sort jamais vainqueur du bras de fer qui l’oppose à l’imprévisible, au hasard. Eh oui, la chance ça existe et les vents finissent toujours par tourner. Prenons votre situation: première variante, votre ancien époux s’évapore dans la nature. Votre enfant pourra-t-il aimer quelqu’un qui l’a abandonné? Pensez-vous qu’il aura des souvenirs lumineux de celui qui aura bruyamment manifesté un attachement possessif caractérisé par la menace et la terreur? Et même s’il vous reproche ne pas avoir su garder une famille unie, serez-vous la seule responsable? Deuxième variante, le papa ne part pas. Alors pourquoi avoir entretenu ce climat d’insécurité? Par amour ou par stupidité?

Vous le voyez, vos craintes sont infondées et reposent sur du vide. L’arme que votre ex-compagnon fait semblant de brandir dans votre direction n’est qu’un couteau sans lame dont on aurait perdu le manche. A votre place, je tiendrais un langage très clair: “Casse-toi ou reste mais prends une décision. Si la seule monnaie de ton chantage ce sont quelques cartes postales exotiques envoyées du fin fond de la planète, prends le dictionnaire des sentiments et contrôle si l’amour d’un fils pour son père se construit avec des timbres-poste...” Et expliquez une fois pour toutes à votre chérubin que rien ne sera plus comme avant à la maison: s’il y avait des divorces heureux, il y a longtemps qu’on les célébrerait en grande pompe, avec des faire-part, une fête, beaucoup de photos et tout le tintouin propre aux grandes occasions...