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Un démon à midi...

La question

Ou comment nous nous sentons vieillir en observant le parcours du soleil...

 

La réponse du psy

Par une belle journée de farniente à regarder les marrons tomber, nonchalamment affalé dans une chaise longue qui fleure bon le congé endimanché, il est plaisant d’observer la trajectoire du soleil qui nous rappelle constamment notre propre parcours : de l’aube à midi nous grandissons, apprenons les règles du grand jeu de la destinée et nous trimons dur pour parvenir au faîte de nos possibilités. Mais le temps court et à peine avons-nous atteint le zénith, nous entrons de plain-pied dans l’après-midi et les ombres qui s’allongent annoncent bientôt le déclin de l’astre de lumière et de vie... Entre 40 et 50 ans, l’homme regarde fébrilement sa montre et constate soudain qu’il doit lui aussi compter les heures. Les premiers signes de fatigue physique pointent à l’horizon et le miroir renvoie soudain les premiers reflets de l’inéluctable : nous vieillissons. Et c’est alors qu’il s’agit d’entamer un long processus de deuil : il n’y aura pas de retour en arrière et cette jeunesse que l’on croyait éternelle file entre nos doigts comme du sable dans un sablier. D’un seul coup surgit l’envie irrésistible d’échapper au tic-tac de l’horloge et de retrouver ses vingt ans sous cette peau qui en accuse le double. C’est le “démon de midi” qui nous précipite dans les affres d’une véritable boulimie existentielle : nous voulons tout et tout de suite. Plus encore, face au regard des autres, nous cherchons à cacher ce que les scientifiques appellent élégamment l’andropause, et les mauvaises langues le “début de la fin”. La vieillesse fait peur car elle nous rapproche de la mort. Et même si nous avons suffisamment d’expérience pour garder notre sang-froid, nous succombons aux sirènes de l’éphémère en masquant à nos yeux pailletés de petites rides que notre avenir, progressivement, cesse de se conjuguer au futur... Certains hommes s’en sortent brillamment car ils comprennent que ce n’est pas en fuyant son ombre qu’on empêchera de la voir grandir. D’autres refusent l’évidence et s’enferrent dans un rôle qui les enserre progressivement dans un costume devenu trop étroit, au point de ressembler, finalement, à un clown pathétique, silhouette de vieillard cherchant à imiter les jeunes, dans un décor de crépuscule...