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Des étiquettes plein le coffre

La question

Cela fait bien dix minutes que vous avancez aussi rapidement qu’une limace sur sol sec: feux rouges en panne et circulation en folie... Heureusement, vous avez de la lecture: juste sous votre nez, à peine un capot moteur plus loin, le coffre de la voiture qui vous précède est tout bariolé d’autocollants plus ou moins exotiques...

 

La réponse du psy

Vous ne connaissez rien du conducteur mais vous savez de lui qu’il passe régulièrement ses vacances à Euro-Disney, qu’il fait partie de la confrérie des joyeux drilles buveurs de bière “machin”, que son coeur bat au moins pour un club de foot et de hockey, qu’il est père de famille, avec un bébé à bord, que sa tire ne donne pas dans la catégorie “formule 1” et qu’elle est devant vous. Ouf! Ah oui, j’oubliais, il est membre du TCS. Mais l’insigne est à moitié décollé. Vous vous êtes peut-être aussi demandé, à l’occasion, pourquoi l’on en venait ainsi à se coller des étiquettes plein le dos? En général, on n’aime pourtant pas trop qu’on nous réduise à l’un ou l’autre aspect de notre personne. La voiture c’est l’exception qui confirme la règle, sans doute: c’est un moyen de la rendre moins anonyme dans le flot ininterrompu de trafic, de se démarquer du voisin qui roule dans une bagnole sensiblement identique, puisque dessinée par les mêmes programmes informatiques qui effacent les aspérités et le caractère au profit de coefficients aérodynamiques et autres paramètres de physique appliquée. Il y a les conducteurs qui souhaitent montrer une appartenance: les sigles et logos se multiplieront sur leur hayon arrière, preuve d’un engagement dans la société et signe d’une certaine importance, colorée de popularité. D’autres aiment les souvenirs de voyage: boulimiques de kilomètres, ils signalent volontiers leurs pérégrinations à travers l’Europe, ses sites touristiques et ses parcs d’attraction avec autant d’insignes colorés, sortes de médailles ou de trophées gagnés en multipliant les tours de roues. Et puis il y a les soucieux de l’information, plus ou moins sérieuse: attention au bébé, au pilote tête en l’air, au grincheux dans son habitacle étriqué, au désorienté complètement perdu, au beauf’ râleur et têtu. Enfin, les originaux, qui n’hésitent pas à afficher leur numéro de téléphone, leur penchant croque-madame ou leurs convictions intimes... Personne ne sait si ça marche mais c’est idéal pour nourrir les conversations. “Pour qui il se prend, celui-là?”, “Non mais t’as vu le culot?”, etc... Et parfois, le délire est au tournant de la route: je me souviendrai toujours d’un touriste français qui s’était fait arrêter manu militari par la police parce que sa voiture dégageait une fumée noire et pestilentielle qui arrosait l’autoroute d’un brouillard âcre et poussiéreux. Sur le coffre, une merveilleuse collection d’autocollants: WWF, Greenpeace, National Geographic et autres sociétés à caractère écologiste. Brillante métaphore, et euphémisme certain...