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Arnaque à la chance

La question

Ou comment un cadeau peut vider votre compte en banque...

Le proverbe du sage Nô-Mi

Que celui qui sème vite s’attende à une récolte vide...

 

La réponse du psy

Ca alors! Madame Duschmürz est une sacrée veinarde: dans son courrier, une lettre d’un grand commerce la congratule car elle vient de gagner un superbe bidule, sans aucune obligation d’achat. Super! Bien sûr, le truc en question n’est pas livré par la poste, il faut donc aller le chercher sur place. Et comme rien ne se décide seul dans la vie, la missive porteuse de bonheur précise: “Venez en couple, vous ne le regretterez pas.” Ni une ni deux, Madame embarque Monsieur à son retour du travail et ils partent ensemble récupérer le machin généreusement offert par le magasin. A l’évidence, ils ne sont pas les seuls à profiter de l’incroyable chance: le parking est plein comme un oeuf et dans les locaux il y a du monde. Beaucoup. Certains visiteurs portent sous le bras la chose promise, d’autres sont en grande discussion avec des vendeurs. Mazette, c’est vraiment un jour à marquer d’une pierre blanche: un gaillard en costard-cravate, le sourire collant et la poignée de main sirupeuse accueille les Duschmürz avec empressement et leur annonce fièrement que c’est la fête en ces lieux car le fabricant lui-même s’est déplacé d’une lointaine contrée dans le but de faire profiter toutes ces personnes triées sur le volet d’offres sans concurrence. Une aubaine par les temps qui courent! On va s’asseoir dans des fauteuils cossus pour discuter “affaires” et c’est avec ébahissement que les heureux gagnants de la bricole sont submergés de propositions alléchantes. Mais il y a un hic. Le mécène-qui-vient-de-loin s’en va le soir même et il faut conclure le contrat immédiatement. Mais... Pas de mais! Quand on est adulte on sait se décider sur-le-champ. Et l’argent? Détail sans importance, ridicule même: un petit-crédit vite-fait et c’est dans la poche. Un stylo pour parapher le contrat de vente et le tour est joué. Ah oui, j’oubliais: le trophée gagné. Ce n’est pas très grand mais c’est l’intention qui compte. Voilà. Et bien le bonjour chez vous. De retour dans leur voiture, les Duschmürz réalisent alors qu’ils n’avaient pas d’obligation d’acheter. Mais pressés, entortillés, emberlificotés, ficelés, ils ont craqué. Cette aventure vous semble familière? C’est ce que l’on appelle le marketing “uppercut”: direct, agressif, immédiat. On vous appâte en vous faisant gagner une babiole, on vous attire dans le repaire du loup et on vous enferre dans la combine. Vous n’avez pas ni le temps de penser, ni l’opportunité de comparer, ni même la possibilité de réfléchir à vos besoins réels. C’est sans concessions. Et gare à ceux et à celles qui osent protester, demander un délai, réclamer un catalogue: on leur fera froidement remarquer que si c’est pour faire la fine bouche, il ne fallait pas venir quémander le cadeau en odieux profiteurs. Le mécène généreux s’offusque, il est vexé par cette attitude mesquine que l’on appelle l’hésitation. Et oublie bien entendu que le client devrait être un roi plutôt qu’un bouffon. Face à ce type de situation, ne vous laissez pas embobiner. Primo, dès qu’un achat est conséquent au niveau financier, il faut impérativement s’accorder un délai de réflexion, seule façon de prendre du recul et de décider sereinement. Deuxio, même la plus mirobolante des occasions doit pouvoir attendre 24 heures au moins. Sinon c’est de l’arnaque. Ne vous précipitez jamais, même si on vous avance des arguments “convaincants”. Dans ce cas, soyez en sûrs, c’est bien vous qui serez le con... vaincu. Tertio, méfiez-vous des “super-cadeaux” sans obligation d’achat. On vous sélectionne en fonction de critères socioprofessionnels (âge, statut social, lieu d’habitation, etc...) et si c’est dans votre boîte aux lettres qu’atterrit la missive, c’est que le vendeur sait parfaitement que vous êtes un acheteur probable donc un pigeon facile à plumer. La règle d’or consiste, à mon avis, à faire valoir ses droits de client exigeant: c’est vous qui tenez le couteau par le manche et tant pis pour votre interlocuteur s’il ne vous laisse pas le temps de vous concerter et d’évaluer la pertinence de l’achat. S’il est aussi pressé de vendre sa camelote avant de prendre l’avion, qu’il reparte tranquillement d’où il est venu méditer cette maxime du sage Nô-Mi: “Que celui qui sème vite s’attende à une récolte vide...”