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Catastrophes

La question

Face au déchaînement des forces de la Nature contre l’homme, on peut s’étonner de voir à quel point celui-ci résiste, s’accroche et, finalement, tel un phénix, renaît de ses cendres et ramène la lumière là où se sont abattues les ténèbres.

 

La réponse du psy

Il est toujours très difficile d’évaluer à quel point une tragédie marque ceux qui en sont les victimes, car l’intensité de la souffrance, du stress, de l’anxiété et du ressentiment contre ces fléaux naturels qui sèment la mort dans un champ de vie dépend avant tout de la prévisibilité de la catastrophe, de sa durée, de l’évaluation qu’en fait celui qui la vit et des ressources, de l’aide et des appuis dont il dispose pour y faire face, comme l’ont montré les psychosociologues américains P. Badia, S.Culbertson et J. Harsh (1973). En d’autres termes, les personnes qui sont préparées à vivre, un jour, “dans l’oeil du cyclone”, qui subissent des entraînements préventifs en cas d’alerte générale, qui savent que les autorités et l’ensemble de la population sont prêtes à affronter le pire et à se tenir le coudes au plus fort de la tempête apprivoisent peu à peu la peur de vivre l’événement dramatique. Que ce soit au pied d’un volcan ou au sommet d’une faille sismique, chacun apprend à vivre aux côtés d’un monstre endormi et se prépare minutieusement à lui tenir tête lorsque soudain, il se réveille et apaise sa soif de sang. La douleur qui habite celles et ceux qui ont tout perdu, physiquement et affectivement provoque certes de lourdes blessures et laisse de larges cicatrices. Mais le cataclysme ne surgit pas de nulle part : on l’a attendu et on a adapté ses valeurs personnelles en fonction de ce qui n’est plus vécu comme un coup bas du sort ou une fatalité injuste mais comme quelque chose qui était parfaitement inévitable. A l’instar des malades qui finissent par tutoyer leur maladie et la traiter en adversaire dont on connaît les ruses, la force et les tactiques, ces habitants intrépides se sont habitués à la présence d’un voisin colossal mais invisible dont le rugissement périodique suscite moins la peur et la tristesse que l’envie et le courage de poursuivre, en commun, envers et contre tout, une bataille que personne n’admettrait de perdre...