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Flamme dévorante

La question

Mon fils est très attiré par le feu et chaque soir il passe de très longs moments à s’occuper de notre cheminée. Il est également très habile pour confectionner toutes sortes d’engins pyrotechniques et se passionne pour le métier de pompier. N’aurait-il pas des tendances pyromanes ?

 

La réponse du psy

Le feu a toujours quelque chose de fascinant car il représente à la fois la vie (lumière, chaleur, sécurité, confort), la mort (destruction, suie noire, objets calcinés, désolation), le pouvoir et le contrôle (on peut l’étouffer, le confiner, le régler, le tempérer, l’éteindre), la domination (les flammes dansent et paraissent incontrôlables), la joie (un “feu de joie”), la tristesse (l’incinération), la purification et l’illumination (les ténèbres vaincues par la lumière), la révolte et l’explosion meurtrière et depuis l’aube des temps il est à la fois acclamé et craint, à l’instar d’une déesse capricieuse, généreuse, puissante mais pleine de contradictions fumantes. Dans le langage courant, on commet l’erreur de qualifier de “pyromane” toute personne qui allume volontairement des incendies. L’incendiaire n’est pas forcément une personne au comportement pathologique : il peut agir par vengeance, par appât du gain (escroquerie à l’assurance), par idéal politique (attentats), par vandalisme (détruire pour détruire), seul ou en groupe. Le (ou la) pyromane est différent et en psychiatrie, on le définit à travers cinq caractéristiques bien précises : 1. Il est hanté par l’envie de mettre le feu et ne peut pas résister à cette force qui dépasse sa volonté. 2. Il ressent une tension de plus en plus vive et de plus en plus insoutenable avant de devoir passer à l’acte pour s’en libérer. 3. Au moment de bouter le feu, il ressent un profond soulagement, accompagné d’une sensation intense de plaisir et de reconnaissance. 4. Il n’agit pas en fonction d’un but précis, idéologique ou pécuniaire. 5. Il ne présente pas de signes flagrants de maladie mentale et n’a pas de troubles particuliers du comportement. C’est donc une personne apparemment parfaitement normale en proie à une invincible pression qui le contraint à passer à l’acte, Jekyll & Hyde de l’allumette. Les causes de la pyromanie ne sont pas clairement établies. La plupart des spécialistes s’accordent cependant pour dire qu’il s’agit d’une pathologie qui plonge ses racines dans une enfance perturbée, accompagnée des problèmes relationnels graves avec les parents et l’entourage. Un événement particulier, lourd à assumer comme la perte de son emploi, la disparition d’un être aimé ou une déception sentimentale constituerait le “point de rupture”, ouvrant soudain la porte aux démons du feu. S’il est vrai que les pyromanes font parfois partie du corps des sapeurs-pompiers, il est totalement erroné de croire que c’est un phénomène courant. Paradoxalement, le pyromane, même s’il est attiré par le feu qu’il défie comme une bête féroce, ne souhaite pas forcément le combattre au corps-à-corps mais préfère assister au spectacle de sa puissance dévastatrice. On notera encore que ce malade du feu ne se sent absolument pas responsable des dégâts qu’il commet (puisqu’à ses yeux ce sont les flammes qui oeuvrent et pas lui) et, détail important, s’étonne lui-même par la suite des conséquences catastrophiques de leurs actes dont ils n’ont pas conscience de la gravité. Votre fils a une passion dévorante pour le feu, mais, comme vous le voyez, ce n’est pas une raison suffisante pour faire partie de ce cercle heureusement très fermé des personnes qui souffrent de cette étrange pathologie, la pyromanie...