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Que faites-vous?

La question

Depuis notre plus jeune âge, on nous apprend à décliner des métiers sous toutes leurs formes: d’abord celui de son père que l’on répétera inlassablement dès l’école enfantine pour remplir des fiches et des statistiques. Ensuite, celui qui nous fait rêver et que nous exprimons sous les yeux attendris des adultes qui pensent déjà qu’on ira loin, vite et haut. Enfin, celui que nous apprenons, que nous étudions, que nous préparons avant de faire le grand saut dans cette vie que l’on dit “active”.

 

La réponse du psy

Un monde fait de travail et de travailleurs, une société ou chacun et chacune peut espérer trouver une place, au point que le statut social deviendra une deuxième nature, indissociable de notre personne. “Qui es-tu et que fais-tu dans la vie?” Ces deux simples questions suffisent à esquisser les contours d’un interlocuteur ou d’une interlocutrice. Dans notre pays c’était la règle jusqu’à ce qu’un jour, la conjoncture se réveille d’humeur morose et que surgisse massivement ce qu’on appelle communément le “chômage”. Avant, c’était un phénomène marginal: moins d’un petit pour-cent de la population, c’était presque du folklore. L’économie était florissante, les perspectives réjouissantes et il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. Bien sûr, nous avions l’exemple de nos voisins, italiens, français, allemands ou autrichiens. Mais les kilomètres aidant, nous percevions les sans-emploi comme une masse compacte et informe, réduite à un simple chiffre sans décimales. Pourtant, les entreprises sentaient couver une récession malsaine. Les grondements du tonnerre ne se firent pas attendre sous forme de charrettes et de licenciements dans des secteurs “sensibles”. Et puis il y eut franchement les éclairs et la pluie, torrentielle: en peu de temps, la Suisse rejoignait quasiment le taux de sans-emploi des voisins. Chômage structurel, ralentissement de la demande face à une offre disproportionnée, mondialisation: termes d’experts pour désigner les restructurations, délocalisations, transferts, fermetures, faillites et tutti quanti qui ont laminé ce terrain que nous croyions si stable: avoir un métier, un travail, un poste, un engagement fixe ne va plus de soi. “Que fais-tu? - Je fais de mon mieux...” Cette boutade attribuée à Victor Hugo s’applique donc à un nombre croissant de gens, démunis face à un jeu dont on a changé les règles sans crier gare! Aujourd’hui, l’individu n’est donc plus simplement “caractérisé” en fonction de son statut socioprofessionnel, de ses études ou de son insertion dans le tissu économique. On se doit de le replacer dans un contexte moins “typé” où ses qualités personnelles, son expérience, ses acquis, pèsent plus lourd dans la balance qu’un titre ou un plan de carrière. Comme tout ce qui fait peur, le chômage nous met mal à l’aise. D’une part, il nous fait prendre conscience que c’est une situation difficile qui pend au-dessus de notre tête comme une épée de Damoclès. D’autre part, il remet fondamentalement en question notre relation avec le monde du travail, la vision que nous avons du déroulement habituel d’une vie rythmée par le trop fameux “métro-boulot-dodo”. Nous nous rendons compte que les choses ont changé, que le système ne ronronne plus dans son douillet confort des années fastes. L’être humain cesse d’être indissociablement lié à son environnement professionnel, notre destinée ne se confond plus nécessairement avec l’épitaphe “Son travail fut sa vie”. Mais que de remise en question dans cette démarche!