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Une heure, une !

La question

Et si nous plantions une aiguille en plein coeur de l’heure d’hiver?

Le proverbe du sage Nô-Mi

N’oublie jamais que c’est à force de trébucher sur de petites pierres que ton chemin se transformera en obstacle incontournable...

 

La réponse du psy

Il y a deux fois au moins dans l’année où votre courrier s’amoncelle sur ma table de travail: à chaque changement d’heure, que ce soit dans un sens ou dans l’autre, les plaintes et les questions se multiplient. Insomnies, sensation désagréable de décalage, malaises divers, irritation, grincements de dents..., à l’évidence, au pays des montres et de la ponctualité, on ne touche pas sans autre au temps sans déclencher quelques réactions vives. Bien sûr, il y a ceux et celles qui n’y voient que du feu: “Ah bon? On a changé cette nuit? Je ne savais pas, je ne m’étais pas rendu compte.” Normal, il est deux ou trois heures du matin, alors on dort. Mais une fois le week-end passé à la vitesse de la lumière, c’est déjà lundi matin. Et c’est là que ça se gâte, en général: soit il fait encore nuit noire et on croit faire un mauvais rêve avec un réveil devenu fou-furieux, soit le ciel est déjà tout clair et c’est l’inévitable instant de panique: “Caramba, j’ai dû rester endormi...”. Plus tard, c’est notre estomac qui s’énerve en gargouillant d’indignation: on le fait attendre, le pauvre! A la pause d’abord, puis à midi. Et allez lui expliquer que tout est retardé de soixante minutes, déjà que votre cerveau a de la peine à suivre: “Quelle heure était-il la semaine dernière à la même heure?” Plus tôt, plus tard? C’est comme les allumettes: mieux vaut ne pas jouer avec!

Au départ, l’idée n’était certes pas mauvaise: économiser de l’énergie durant les mois d’été, profiter de longues soirées estivales doucement bercées des rayons généreux d’un soleil nullement pressé de se coucher et mettre à profit le temps gagné pour flâner au gré de sa fantaisie. Beau programme, en théorie: le ciel bleu, au bureau, c’est surtout sur les cartes postales qu’envoient les collègues qui ont pris quelques vacances, la quiétude des balades en fin de journée ne sont pas compatibles avec le climat “humide” pour ne pas dire pourri qui se plaît à nous arroser de pluie deux fois durant la “belle” saison, la première de mai à juillet, la seconde d’août à septembre, avec quelques pauses, certes, mais alors trop chaudes pour se risquer dehors ou lever les persiennes qui maintiennent une température acceptable dans la maison. C’est précisément lorsque la canicule sévit que nous pourrions apprécier les bienfaits du décalage horaire: une sieste de midi à quatre heures, quitte à prolonger le travail dans la soirée. Allez en parler à votre patron: il sera sûrement ravi et acceptera immédiatement votre proposition avec enthousiasme, débloquant même un crédit extraordinaire pour équiper votre bureau d’un ventilateur, d’un hamac et d’un distributeur de cocktails glacés. A moins qu’il ne vous regarde d’un air perplexe, hésitant entre le coup de folie dû au surmenage, ou une plaisanterie de mauvais goût...

En d’autres termes, notre climat, notre rythme de vie, nos horaires, nos habitudes, tout prêche contre ce changement d’heure auquel l’Union Européenne veut d’ailleurs tordre le cou. Les désavantages ont depuis longtemps dépassé les avantages et l’on vient même à se demander à quoi ça a servi. Notre horloge biologique doit en tout cas fournir un effort considérable pour s’adapter, ce qui ne va pas toujours de soi: l’être humain, ne l’oublions pas, est une vaste usine chimique où des milliers de facteurs interagissent pour assurer le bon fonctionnement de la “machine”. La régularité y joue un rôle prépondérant et toute modification nécessite un complet réajustement de milliers de paramètres: à quelle heure mon corps donne-t-il des signes de faim, de fatigue, de force ou de faiblesse et quels sont les points de repère pour les interpréter correctement? Si pour certains le “tangage” occasionné par le passage à l’heure d’été ou d’hiver ne pose en apparence que de menus problèmes, d’autres le ressentent très désagréablement, sur une période plus ou moins longue. On pourra toujours faire remarquer que c’est un mal bien minime face aux “grands” chambardements collectifs actuels mais si c’était aussi peu important, pourquoi y aurait-il tant de gens qui s’en plaignent ouvertement?