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On ne vit qu'une fois

La question

Je voudrais me lancer dans une carrière artistique, ce qui implique de quitter le confort de mon emploi actuel. Je sens que c’est très important de tenter ce coup de poker mais j’ai peur de faire le pas. Qu’en pensez-vous?

Le proverbe du sage Nô-Mi

Alors que toi tu ne pouvais que rêver en te nourrissant de ta vie et en dépensant du temps, moi je pouvais vivre en me nourrissant de mes rêves et en accumulant de l’éternité...

 

La réponse du psy

La vie n’est qu’une suite de décisions plus ou moins bonnes que nous prenons au gré des circonstances et des opportunités. Certaines n’ont pas de grandes conséquences, d’autres sont en mesure de tout chambouler, de mettre les compteurs à zéro et impliquent une remise en question profonde, passant par des périodes de doute, de désespoir, d’exaltation, d’envies, de craintes et d’une question lancinante et récurrente: “Si je me trompais?” Imaginez-vous en astronaute enfermé dans sa capsule quinze secondes avant le lancement. Point de non-retour. Et si tout explosait? Pensez aux personnes qui embarquaient au début de ce siècle sur d’immenses paquebots en partance vers les États-Unis, une simple valise à la main et des rêves plein la tête. La conquête d’un nouveau monde, parsemé d’obstacles imprévisibles et de données totalement inconnues. Tout changement radical dans notre vie présuppose de se lancer dans le vide et d’accepter cet étrange combat avec le destin qui se résume à lancer une pièce en l’air et de se fier au hasard et à sa compagne, la chance. On peut certes mettre des atouts de son côté: économiser pour avoir un petit pécule en cas de pépin, une poire pour la soif, garder des contacts pour un retour éventuel, s’assurer le soutien de son entourage et l’adhésion de ses proches, procéder étape par étape, partir en reconnaissance, etc... Mais un moment donné il y a cette décision à prendre: “J’y vais ou j’y vais pas?” Personne ne peut trancher à votre place, c’est à vous qu’appartient de faire un pari que vous pensez être en mesure de gagner.

Vous sentez que c’est important pour vous de miser le tout pour le tout et de dire adieu au confort douillet d’un emploi stable. Allez-y, sautez! D’une part, on ne vit qu’une seule fois (du moins notre vie actuelle) et vous ne savez pas ce que vous réserve l’avenir. Sécurité? Il n’y en a pas d’absolue. Votre boîte actuelle peut couler corps et biens et vous vous retrouvez à la rue. Vous pouvez tomber malade et être attaqué par l’un de ces ignobles prédateurs qui travaille pour le compte de la mort. Ou alors, pourquoi pas, vous achetez un billet à la loterie et vous devenez multimillionnaire. Votre carrière d’artiste joue les exponentielles et vous propulse au top des tops en quelques semaines. Roulette russe: qui sait? Faites confiance à votre instinct et partez à l’aventure en vous ménageant quelques issues de secours. Ne misez pas tout sur le même cheval de bataille mais restez à l’affût de toutes les opportunités. Et, avant toutes choses, vivez! Les erreurs ne comptent pas, tant qu’elles nous permettent d’apprendre et d’aller de l’avant. Tout ce que vous risquez c’est de trouver quelques désillusions au milieu de nombreuses expériences enrichissantes. Et, comme disait le sage Nô-Mi: “Ce ne sont pas quelques ronces qui défigureront ton jardin car au contraire, elles mettront encore avantage en valeur la beauté de tes roses...”

Les Contes de Nô-Mi:

Il y a fort longtemps, deux amis vivaient côte à côte dans d’humbles fermes d’un vaste royaume. Le temps s’écoulait entre le soleil et la pluie, le labeur et le repos, le travail de la terre et la récolte de ses fruits. Ils discutaient beaucoup, parlant de villes lointaines et de palais enchanteurs que des voyageurs de passage leur avaient décrits. Et ils mouraient d’envie de tout lâcher pour partir à l’aventure, à la découverte de ces lieux magiques parce qu’entourés de mystère d’inconnu. Un jour, le plus téméraire des deux décida de se lancer et sous l’oeil étonné et attristé de son ami, il noua un simple baluchon et se mit e route. “Tu seras tué par des bandits de grand chemin!” dit celui qui restait. “Peu m’importe, j’aurai au moins vu à quoi ils ressemblent”, rétorqua celui qui partait. “Tu te perdras dans le dédale des villes et tu mourras d’épuisement”, reprit le premier. “Peu importe, car ainsi j’aurai tout visité...” répondit le second et il s’éloigna rapidement. De nombreuses années passèrent. Le bois de la maison devint tout vermoulu et le fermier, vieux et fatigué se mit à rêver et à regretter de n’avoir pas suivi son ami. “Bah, se consola-t-il, il ne sera pas allé bien loin et puis moi, au moins, je sais où dormir cette nuit...” Au crépuscule de sa vie, le vieillard aperçut un étrange voyageur qui s’arrêta devant sa porte. C’était lui, son ancien ami. Maigre et décharné, il semblait avoir traversé les flammes de l’enfer tant ses haillons tombaient en morceaux sur un corps défait par le poids des kilomètres. Mais quel regard! Ses yeux reflétaient le monde et ses merveilles et la vie y dansait un ballet de joie et d’allégresse. Alors il se mit à conter ses exploits et ses aventures et enfin il conclut par ces étranges paroles: “Alors que toi tu ne pouvais que rêver en te nourrissant de ta vie et en dépensant du temps, moi je pouvais vivre en me nourrissant de mes rêves et en accumulant de l’éternité...”