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Après un accident

La question

Les graves accidents qui font la une des quotidiens surprennent toujours par leur brutalité et le tragique qui les accompagne. Cependant, une fois le choc de la nouvelle passé, nous reprenons notre vie quotidienne et nous oublions ces victimes dont le triste destin retombe dans l’anonymat.

 

La réponse du psy

Et pourtant, celles et ceux qui ont été impliqués dans des catastrophes plus ou moins graves savent à quel point le retour à la “normale” est difficile et donne naissance à des angoisses qui sont à ce point paralysantes qu’elles sont vécues comme un réel handicap. Par stress post-traumatique, on désigne précisément cette catégorie de symptômes somatiques et psychiques qui apparaissent lorsque la tension retombe et les blessures cicatrisent, tant chez les victimes qui réapprennent à vivre que chez les secouristes (pompiers, ambulanciers, policiers, etc...) qui sont intervenus pour sauver et pour soigner. Bien sûr, chacun réagit différemment et absorbe un choc en fonction des caractéristiques qui lui sont propres. Mais tout le monde, à sa manière, vit une période difficile, parfois longue, où les gestes les plus anodins semblent prendre une signification nouvelle et freinent l’action. Le stress post-traumatique peut être ressenti comme une douleur purement physique (une jambe cassée qui continue à faire souffrir malgré de multiples traitements), ou psychique (sous forme, par exemple, de cauchemars, d’anxiété incontrôlable, de blocages divers) mais la plupart du temps on constate un mélange des deux : crises de panique (nausées, angoisse, sudation, vertiges), maux de tête accompagnés de sentiments dépressifs, contractions musculaires inexplicables, crispation générale, etc...Venir à bout de cette phase particulièrement pénible qui suit un accident ressemble au chemin que nous parcourons lorsque nous sommes confrontés à la mort d’un être proche : nous devons en faire le deuil. La catastrophe qui survient soudainement dans notre vie bouleverse les données que nous emmagasinons quotidiennement au fil de nos expériences. C’est un peu comme l’ordinateur que l’on soumet à une brusque tension : tout ce qu’il garde en mémoire et le système qui lui permet d’en gérer le contenu se trouvent gravement perturbés, comme si les pistes étaient brouillées, les formules effacées. On peut également comparer cet état avec ces paysages de désolation qui demeurent après le passage d’un ouragan ou après une éruption volcanique : le chaos est indescriptible. A l’instar des machines de chantier qui, inlassablement, vont évacuer la boue et les détritus, le corps humain va faire un travail colossal afin de redonner une structure à ce qui a été ébranlé, fissuré ou même détruit. Là aussi, les différences sont grandes d’une personne à l’autre : certaines victimes renaissent telles un phoenix de ses cendres, d’autres reconstituent seulement une façade derrière laquelle se cache un profond désarroi. Mais pour chacun, il y a toute une série d’étapes à franchir : accepter que le destin nous ait frappé si durement, comprendre ce qui est arrivé et en tirer les conséquences, remettre les compteurs à zéro et tenter de repartir pour un nouveau voyage. Quelques-uns n’y arriveront qu’au terme d’une lutte acharnée qui les conduira aux extrêmes frontières du supportable. ils en reviendront éreintés, amers parfois, aigris quelques fois mais fondamentalement différents comme s’ils avaient changé de peau. D’autres bénéficieront de circonstances favorables, essentiellement dues aux comportements et à l’aide de leur entourage, mais les cicatrices qui resteront à jamais gravées dans la mémoire attesteront que les chocs de l’existence sont d’une rare violence et que la seule bonne volonté de “s’en sortir” ne suffit pas à rendre à l’esprit sa quiétude et sa sérénité...



Comment aider les victimes d’un accident ?

D’abord il ne faut jamais minimiser un accident, quel qu’il soit. Chacun a sa manière de réagir aux problèmes qui l’assaillent et ce qui pour l’un paraîtra dérisoire constituera une montagne infranchissable pour l’autre. En ce sens, nous devons respecter la douleur que manifeste autrui même si nous ne parvenons pas vraiment à en comprendre la cause ou l’intensité. Un exemple parmi d’autres : une personne qui vous est proche entre en collision avec une automobile. Heureusement, il n’y a que de la tôle froissée. Pourtant, vous constatez que cet accident l’affecte beaucoup et qu’elle exprime son affolement, ses craintes financières, sa peur de refaire la même bêtise, etc... Ne le prenez pas à la légère avec des paroles du style : “Tant qu’il n’y a pas de blessés, ce n’est pas grave...” ou “Tu ne mesures pas la chance que tu as eue de t’en tirer à si bon compte...” Vous ne ferez qu’aggraver le problème : se sentir seul face à une “crise” c’est expérimenter la solitude à l’état pur. Bien sûr, de fait vous avez raison. Mais dans ce cas, vous négligez de tenir compte des émotions qui ont accompagné ce choc apparemment bénin et vous ne pouvez absolument pas savoir où, comment et combien cet accident a pu ébranler le psychisme de la “victime”. N’oublions pas que notre monde intérieur est autant fait de lumières et d’ombres et que s’y cachent souvent des frustrations, des craintes, des angoisses qui se “cristallisent” sur un incident apparemment bien léger et futile. Ensuite, manifestez votre compréhension et votre soutien sans avoir peur de trop “donner”. Comment réagissons-nous lorsque d’aventure, nous trouvons un oiseau tombé de son nid ? Notre coeur ne réfléchit pas longtemps et nous entourons le petit animal d’une affection que jalouseraient nos proches. Pourquoi inhiber cet instinct naturel lorsque nous avons affaire à des humains ? La crainte de “gâter” exagérément n’a aucun sens face aux victimes d’accidents. La traversée du tunnel est plus facile si une main secourable nous aide à avancer dans le noir...

Et les enfants ?

Aux maîtres-mots “comprendre” et “soutenir” s’ajoute celui plus délicat “d’expliquer”. En effet, l’enfant est habitué à vivre dans un système de récompenses et de punitions. A ses yeux, l’accident peut prendre la couleur d’une très violente punition dont il n’arrive pas à saisir l’origine. “Quelle faute ai-je bien pu commettre pour qu’une telle chose m’arrive ?”. Cette préoccupation hante d’ailleurs souvent également les adultes mais elle est contrebalancée par d’autres expériences positives qui en font une pensée moins destructrice. L’enfant n’a pas encore ce recul qui lui permet de relativiser. La meilleure chose à faire c’est de discuter, de parler et d’utiliser un langage clair pour traduire ce que le petit a vu et vécu. On peut aussi recourir au dessin qui surprendra peut-être par sa crudité et son côté “morbide”. Mais c’est parfaitement normal : on ne peut exprimer une agression qu’avec la violence des émotions. De plus, s’il a été confronté de près à la mort, il faut faire attention à ne pas occulter le problème du deuil sous prétexte que c’est trop compliqué à expliquer et que “le petit ne se rend pas encore compte”. Justement, il perçoit les injustices avec un regard beaucoup plus aigu que le nôtre et le décès constitue bien l’une des plus mystérieuses “sanctions” qui nous frappe à l’improviste. Les mots simples sont parfaitement à même de clarifier bien des concepts opaques. Il s’agit avant tout de donner la parole à son coeur et laisser libre-cours à ce que nous dicte le bon-sens. Celui-ci ne nous trompe que rarement et l’écouter ne fait jamais de mal, bien au contraire ! Et, en conclusion, il ne faut jamais oublier que savoir se mettre à la place de l’autre et lui donner les clefs qui ouvrent la porte de notre affection font partie de ces dons tellement inestimables qu’aucune fortune ne saurait les acheter...