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Au bonheur des oreilles

La question

Ou quand la mode redécouvre le fameux “easy listening”

 

La réponse du psy

Vous êtes dans l’ascenseur d’un supermarché ou dans un restaurant bon chic bon genre: en toile de fond flotte constamment une musique suave distillée par des haut-parleurs toujours discrets. Il ne s’agit pas de vous en mettre plein les oreilles et de vous donner l’impression de participer à la dernière mégaparty “techno”, “rave” ou “dance” mais de remplir le moindre interstice de ces lieux “publics” d’un bourdonnement aussi suave qu’agréable. Inutile de dire que ce type de musique qui fait office de tapisserie n’est pas considéré avec beaucoup de sérieux et, a priori, personne ne va s’en soucier au point de l’écouter et de se demander où en trouver un enregistrement sur CD ou vinyle... Eh bien, détrompez-vous: à la fin des années soixante, vous trouviez dans les bacs de presque tous les disquaires un épais rayon que l’on appelait communément “musique légère” et qui vous offrait à boire et à manger en matière de murmures de violons et de mélodies langoureuses. Et de qualité, en plus! La plupart du temps, il s’agissait d’arrangements de “tubes” de l’époque et de chansons délicieusement mièvres qui marquaient de leur empreinte câline les innombrables comédies “made in Hollywood”. Et puis il y avait les “originaux”, composés exprès pour sillonner le monde dans des pochettes au kitsch exotique sur fond de palmiers hawaïens. Aujourd’hui, cette musique est revenue en force au point que ceux et celles qui avaient préféré ranger les pressages originaux de ce type d’easy listening plutôt que de les fourguer à un brocanteur de passage se frottent les mains: le marché s’annonce faste! Et tant pis pour les esprits chagrins qui détestent ce genre de “tapisserie” peinte à la guimauve sous prétexte qu’elle manque de profondeur: en pleine pollution sonore, sous le joug implacable du bruit omniprésent de notre société urbaine trépidante, un peu de douceur c’est du baume pour les oreilles. Et au détour de quelques notes “faciles”, ne distingue-t-on pas justement ce qui fait la qualité première de cette “mode” et sa propre forme de “génie”, à savoir un côté passe-partout universel? En attendant, on aurait tort de ne pas en reprendre: au fond, c’est comme les bonbons, très sucré, mauvais pour les dents, mais tellement irrésistible!