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A la guerre comme à la guerre

La question

Mon supérieur hiérarchique nous houspille continuellement et nous fait constamment des reproches qui ne sont pas fondés. L’ambiance est pourrie et je déprime complètement. Comment faire pour échapper à cet abus de pouvoir?

 

La réponse du psy

Récemment encore, un directeur d’entreprise qui s’exprimait sur une chaîne de télévision allemande rappelait qu’il devait son succès à une attitude ouverte et pondérée et qu’il ne concevait pas, à la longue, un management reposant sur une autorité répressive. Il soulignait plusieurs choses intéressantes: d’une part, les “cadres” qui croient indispensable de maintenir une ambiance de peur et de rétorsion autour d’eux pour faire avancer les choses, scient à coup sûr la branche sur laquelle ils sont assis. Un moment donné, le groupe qui subit une pression continuelle et malsaine va se liguer et se retourner contre cette personne en mettant les pieds contre le mur et en adoptant la position de l’escargot en danger: recroquevillé dans sa carapace, il bougera le moins possible, ce qui, bien entendu, se fera au détriment du rendement de l’entreprise. D’autre part, c’est en stimulant son entourage, en lui donnant les moyens d’agir et de progresser qu’on crée des conditions idéales de travail où chaque collaborateur se sent épaulé, comprend quelle est sa fonction dans la chaîne des activités et développe de bonnes initiatives. Enfin (et c’est ce qui m’a personnellement le plus frappé), ceux et celles qui souffrent le plus de cette situation sont le plus souvent les “moteurs” de l’entreprise car c’est eux qui s’exposent le plus facilement aux critiques. Et leur départ, lorsque le stress devient trop insupportable, cause un préjudice considérable à toute la production et à la société où sévit un supérieur qui identifie son rôle à celui d’un dresseur qui se doit, pour être vraiment efficace, de distribuer les coups de fouets en nombre et en force.

Le problème, à la longue, tend donc naturellement à se résoudre de lui-même: l’hémorragie de “têtes pleines” provoque immanquablement un juste retour du balancier. Mais, suivant où l’on travaille, cet effet salutaire peut se faire attendre dramatiquement! Parce qu’il ne faut pas se leurrer: les moyens d’agir au niveau des employés qui se sentent dévalorisés et houspillés sont faibles, leur marge de manoeuvre n’étant pas suffisante pour se faire entendre haut et fort. Et l’inertie du groupe est grande: on veut bien se plaindre tout bas autour d’un café ou d’une cigarette mais de là à prendre le taureau par les cornes et à afficher ouvertement son courroux, il y a un pas énorme que peu osent franchir. La conjoncture est tendue, le chômage guette alors mieux vaut serrer les dents et espérer que le fléau disparaisse de lui-même. Ce qui n’est évidemment pas simple! La meilleure des solutions, lorsque l’on constate qu’il n’y a rien à faire pour provoquer un changement, c’est bien évidemment de prendre la poudre d’escampette et de mettre ses talents au service d’un autre patron. Idéal, bien sûr, mais uniquement si l’on a la chance de pouvoir ainsi filer à l’anglaise.

Pour y parvenir, il faut impérativement mettre tous les atouts dans son jeu: être “performant” sur le marché du travail implique souvent la volonté de suivre un perfectionnement, une nouvelle formation et nécessite parfois quelques sacrifices, par exemple liés au lieu du travail (plus on est mobile, plus on a des chances de se “placer”) ou aux questions de salaire (en acceptant de gagner un peu moins on devient aussi moins sélectif). Facile à dire. Mais irréaliste dès qu’il y a une famille à nourrir et des charges incontournables. Mais les abus de pouvoir qui restent dans l’ombre sont comme de vilains abcès que l’on ne perce pas sans douleur. A moins que l’on soit suffisamment “solide” pour se battre et faire en sorte qu’un rayon de soleil vienne éclairer crûment ces attitudes qui malheureusement sont capables d’empoisonner des vies entières! Mais si l’on décide d’agir dans ce sens, il ne faut pas oublier de contrôler l’état de ses batteries et la solidité de son “entourage”: la bataille sera rude et ne pourra être gagnée qu’à condition de disposer d’énergie et de courage en grandes quantités. Parfois le jeu en vaut la chandelle: ce n’est qu’une fois le problème écarté que l’on se rend compte à quel point une certaine sérénité est indispensable pour mener correctement à bien les tâches qui nous sont confiées...