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Prématurés

La question

Durant le troisième trimestre de la grossesse, la femme entre dans une phase cruciale de sa préparation psychique en vue de l’accueil de son enfant. Certains spécialistes appellent cette étape particulière et indispensable la “préoccupation maternelle primaire”, à savoir la construction d’un sentiment d’empathie profonde à l’égard du nourrisson qui va naître.

 

La réponse du psy

De telle sorte, la maman sera prête à faire l’expérience d’un état de symbiose profonde avec le bébé qui lui permettra de pleinement répondre à tous ses besoins. Concrètement, elle va se concentrer sur sa vie intérieure et privilégier sa relation avec le foetus en se retirant progressivement de la réalité qui l’entoure. A mesure que l’enfant grandira, plus tard, cette capacité s’estompera naturellement, laissant place à une relation d’amour qui n’aura plus un caractère “fusionnel”. Au cours de ces dernières semaines de grossesse, les échanges entre la mère et l’enfant sont donc d’une extrême richesse et revêtent une importance capitale. Or, c’est précisément à ce moment qu’intervient la naissance prématurée, dans un contexte de stress et d’urgence qui accentue encore l’aspect “dramatique” de la situation et déclenche le plus souvent une réaction de confusion existentielle chez la mère qui se voit privée du nouveau-né, sans avoir eu le temps de faire le travail nécessaire pour sortir de sa phase de retrait. Ce choc psychique d’une rare violence est accompagné d’un sentiment de culpabilité, de blessure narcissique, qui, dans les cas extrêmes, peut même provoquer une remise en question de son identité et des fondements de sa personnalité. Cette crise majeure va être renforcée par tous les aspects traumatiques qui prolongent cette séparation brutale: la terrible fragilité du nourrisson, sa prise en charge médicale lourde et bouleversante, l’impossibilité de communiquer directement avec lui et la privation de stimulation directe intensifient encore cette impression de perte et de désorganisation. Sans compter que malgré les progrès extraordinaires de la médecine moderne, la mère et son entourage sont inévitablement confrontés à l’idée que la vie de leur enfant est aussi ténue qu’une flamme que guette en permanence le souffle rauque de la mort...