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Maman après 40 ans

La question

La perception de la “vieillesse” dépend étroitement de l’espérance moyenne de vie du groupe socioculturel auquel nous appartenons. Dans notre culture occidentale, les progrès de la médecine et les conditions favorables de l’existence nous donnent le potentiel théorique d’atteindre facilement les septante ans, à condition bien évidemment d’échapper à la fatalité d’un destin avare en capital-temps.

 

La réponse du psy

Ainsi, personne n’aura l’idée de trouver miraculeux de voir ses parents, jeunes de corps et d’esprit, jouissant pleinement de leur retraite. Pourtant, cette générosité de la vie n’était absolument pas acquise naguère et, en toute logique, le seuil de la vieillesse était placé beaucoup plus tôt dans le parcours de chacun. A cela s’ajoutait bien entendu une contrainte biologique incontournable, chez la femme, qui réduisait considérablement ses chances d’avoir des enfants à mesure qu’elle avançait dans la trentaine. Dans ce cas aussi, les délais se sont considérablement allongés, dépassant allègrement le cap, autrefois crucial, des quarante bougies sur le gâteau d’anniversaire. Ce qui hier tenait donc de l’exception, tend à devenir monnaie courante et perd de son caractère “prodigieux”: alors que jadis l’on était souvent à bout de forces une fois atteint le demi siècle et que l’on entrait tête basse dans le club du 3e âge, on considère désormais cette étape comme le faîte de la vie, moment béni où l’on a fait ses preuves au niveau de sa profession et où, enfin, l’on peut songer à consacrer davantage de son énergie au cocon familial. Autrefois, il y avait quasiment une nécessité de fonder son foyer sans tarder, d’assurer sa descendance en pleine jeunesse et de concentrer tout son potentiel vital sur une tranche décisive, entre 20 et 40 ans environ. Les sabliers étaient plus petits, le sable plus fin, les recharges inexistantes. A l’heure actuelle, cette précipitation n’est plus de mise: on peut se permettre d’attendre et la possibilité unique de goûter tout le trajet de sa destinée en l’explorant à fond procure un sentiment de plénitude et de maturité forgées au feu de l’expérience. Les choix sont plus solides, les bases plus stables et c’est un moyen de donner à ses enfants une meilleure assise dans une famille qui a également de plus grandes chances de rester unie. Car le paradoxe qui guette ceux et celles qui continuent de se dépêcher dans la construction de leur carrière personnelle et professionnelle en brûlant toutes les étapes sans prendre le temps de les vivre, c’est de se retrouver en pleine force de l’âge avec le sentiment frustrant d’avoir franchi l’arrivée sans jamais être parti et de se lancer dans de nouvelles aventures avec l’espoir illusoire de retrouver le sable perdu...