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Ca vous gratouille ou ca vous chatouille?

La question

Depuis plusieurs mois, mon fils de 25 ans est hypocondriaque. Il est très angoissé et craint d’avoir toutes sortes de maladies. Chaque jour, il trouve de nouveaux noms d’affections graves dont il croit souffrir. Il consulte des tas de médecins qui, bien entendu, le trouvent en parfaite santé physique... Comment l’aider?

Le proverbe du sage Nô-Mi

Si ton fils se plaint d’avoir hérité d’une terre particulièrement aride, avant de lui en offrir une autre, attends qu’il l’ait labourée et cultivée...

 

La réponse du psy

Nous sommes tous de grands malades qui nous ignorons, se plaisait à relever le Dr Knock dans la fameuse pièce de Jules Renard. L’hypocondrie (dont on a tiré l’adjectif “hypocondriaque”) se définit par la préoccupation angoissante et même obsédante manifestée par un individu au sujet de son état de santé général. Autrefois, ce terme était plus restrictif. En effet, l’hypocondre est la partie de l’abdomen située de part et d’autre de la région épigastrique, et l’on qualifiait de “malade des hypocondres” toute personne qui se plaignait sans raison apparente de douleurs et de troubles au niveau des organes digestifs (estomac, foie, intestins, etc...). L’être humain est comparable à une horloge aux mécanismes hypersophistiqués qu’un rien peut dérégler. Et l’étroite imbrication entre le psychisme et le physique, entre l’esprit et le corps n’arrange rien à cette complexité, au point de provoquer ce que l’on appelle des maladies psychosomatiques, où notre organisme ne présente aucun “défaut” mais dysfonctionne sous l’influence de nos angoisses existentielles, de notre mal-être, de notre peur face à l’inconnu et de notre crainte de perdre le contrôle de notre destinée constamment soumise aux bourrasques de l’imprévisible. La souffrance de “l’hypocondriaque” n’est pas à prendre à la légère car même si les médecins ne diagnostiquent rien de “tangible” les symptômes ressentis n’en demeurent pas moins réels. Prenez l’exemple de quelqu’un qui est sûr d’avoir une tumeur au cerveau: le moindre mal de tête, signe de fatigue, vertige, nausée viendra renforcer cette idée et l’entraînera dans un cercle vicieux que le plus sophistiqué des scanners aura du mal à briser. Dans ce cas, je crois que l’aide d’un spécialiste (psychiatre, psychothérapeute) est indispensable, surtout si la pseudo-maladie empêche la personne de vivre normalement et la freine sérieusement dans toutes ses tâches quotidiennes. Il est cependant intéressant de relever que l’hypocondrie a souvent été associée à une forme insidieuse de “nombrilisme”. En d’autres termes, elle trouverait un terrain particulièrement propice chez ceux et celles qui ont pas mal de temps pour réfléchir et se poser mille questions... On imagine mal, en effet, quelqu’un qui lutte pour sa survie en plein désert, ou travaille à mi-temps (c’est-à-dire 12 heures sur 24!) dans l’étroit boyau d’une mine de charbon au fin fond de la Sibérie se demander s’il ne souffrirait pas par hasard d’une leucophlégmasie, d’une esquinancie ou d’une trypanosomiase... Aussi, dans la situation que vous nous décrivez, je vous conseille, avant toute chose, d’inciter votre fils à multiplier les activités et à occuper son esprit avec d’autres choses que ses maladies hypothétiques. Lorsque l’on se lève à six heures, que l’on turbine jusqu’à six heures et que l’on ne peut s’accorder que six heures de repos on n’a logiquement pas l’énergie pour se tourmenter avec ce genre d’idées morbides... Si le mal persiste, alors c’est que le problème a atteint une ampleur qui nécessite une prise en charge conséquente.