mieux-etre.ch

Bise mal placée

La question

Notre fille prend des leçons de musique chez un jeune professeur qui, chaque fois, insiste pour lui faire la bise. Elle trouve cette attitude incommodante mais ne sait pas comment lui faire comprendre qu’elle sent cette marque d’affection comme une intrusion dans sa sphère privée. Que lui conseillez-vous ?

Le proverbe du sage Nô-Mi

Ce n’est qu’en mettant une clôture à ton jardin que tu empêcheras ton voisin d’y venir cueillir des roses...

 

La réponse du psy

“Faire la bise” est une mode incontournable, particulièrement dans certains milieux où l’on souhaite marquer ainsi l’ambiance décontractée et conviviale. Aussi, il est effectivement assez délicat de “repousser” un geste qui est pratiquement devenu aussi banal que de se serrer la main. Cependant, il est intéressant de noter que de nombreuses personnes n’aiment pas cette esquisse de contact physique et que dans certains pays, c’est même considéré comme parfaitement inconvenant : ainsi, par exemple, en Angleterre, on vous considérera comme un grossier personnage si vous tendez la main à quelqu’un qui ne fait pas (encore) partie de votre proche entourage. Le problème que rencontre votre fille est effectivement délicat : sans doute apprécie-t-elle les leçons de musique données dans un climat décontracté et elle ne voudrait pas crisper sont professeur en refusant une simple marque de sympathie. Je lui conseillerais d’utiliser les cordes de l’humour pour déjouer habilement ce petit “piège” : la prochaine fois, elle peut commencer par prétexter qu’elle héberge sur elle un virus particulièrement teigneux et contagieux, puis, en variant les thèmes, elle arrivera finalement à faire passer le message en douceur. En y réfléchissant bien, on est étonné du nombre d’excuses empreintes d’ironie que notre imagination est en mesure de produire : le petit ami irascible qui surveille de loin, au téléobjectif, le paparazzi qui traque la future vedette, le gourou de la secte du vent qui interdit formellement la bise, le caprice de star, etc... Le professeur en question sera désarçonné et peut-être même un peu vexé mais les règles sociales prévoient heureusement que l’on accepte de garder ses distances si on nous y invite poliment. Ce qui serait bien entendu inconvenant et choquant, ce serait qu’il insiste lourdement. Dans ce cas, plus besoin de mettre des gants pour clarifier les choses : ma liberté s’arrête là où celle d’autrui commence ! Votre fille ne doit pas croire qu’elle est la seule à connaître ce genre de situations : pour beaucoup de personnes ces “smack-smack” d’usage prennent l’allure de véritables calvaires, surtout si rien ne permet d’y échapper.