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Arithmaniaque?

La question

J’ai un collègue qui a une bien curieuse manie : il compte systématiquement tout ce qu’il voit. Par exemple, le nombre d’escaliers, le nombre de personnes dans une assemblée, le nombre de voitures dans un parking... Il dit que c’est plus fort que lui : il ne peut s’empêcher de compter. Est-ce un comportement courant ou maladif ?

 

La réponse du psy

Votre question nous plonge dans l’univers mystérieux des “manies”, ces comportements irrationnels qui poussent certaines personnes à accomplir des tâches aussi inutiles que contraignantes. Vous en connaissez peut-être certaines, assez courantes : vérifier deux fois que les portes sont bien verrouillées, regarder sous les lits avant d’aller dormir, laver et relaver les mains à tout moment, tirer toutes les prises avant de sortir de la maison, etc... Au départ, il y a toujours une activité qui a un sens pratique évident, le contrôle de son environnement. A chaque instant, je dois m’adapter à la réalité qui m’entoure et je le fais grâce à ma capacité de prendre des décisions. Mais pour différentes raisons, je peux craindre de ne pas réussir à faire face à ce qui m’arrive et j’aurai alors un besoin accru de prévoir et de maîtriser ce qui va se passer. C’est le début de ces habitudes “rituelles” qui donnent une illusion rassurante de parfaitement contrôler les événements : je ne prends pas de risques car je fais tout deux, trois fois, selon un schéma de plus en plus lourd et rigide. L’aspect pratique disparaît progressivement et laisse place à toute une série de gestes et d’habitudes souvent cocasses, parfois tragiques. Votre collègue est prisonnier de l’une de ces manies : il ne peut s’empêcher de compter. Pourquoi ? Ce qui a peut-être commencé comme un jeu - ou une consigne - est devenu une sorte d’obsession, un comportement auquel on a l’impression de ne pas pouvoir échapper. Mais qu’il se rassure, il est en bonne compagnie : Mozart et Léonard de Vinci avaient exactement le même tic, qui, d’après leur correspondance, les dérangeait passablement. Les manies ne sont cependant ni forcément maladives, ni définitives. Tout est question d’intensité : tant que la personne qui en “souffre” peut vivre normalement, ne se sent pas handicapée et parvient à les relativiser (la meilleure façon, c’est d’en rire), je ne pense pas qu’il faille s’inquiéter. Par contre, si la manie devient “tentaculaire” et prend une ampleur telle qu’elle entrave tout le quotidien, il faudrait avoir recours aux conseils d’un spécialiste (par exemple un psychologue comportementaliste) qui, au moyen d’un traitement approprié, s’attaquera aux racines de cette mauvaise habitude et la fera disparaître. Si nous nous observons, nous avons tous nos “petites” habitudes” auxquelles nous sommes attachés et dont nous n’aimons surtout pas nous séparer. A leur façon, ce sont des germes de manies qui, si elles grandissent, pourraient, un jour ou l’autre, s’ajouter au catalogue inépuisable de ces conduites qui paraissent irrationnelles dans un monde rationnel !