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Répliquer c'est exister

La question

Je n’en peux plus: mon chef, sous le couvert de “critiques”, me blesse sans cesse de ses attaques personnelles. A ses yeux, tout ce que je fais est faux: si j’exécute un ordre qu’il me donne, j’ai tort parce que je ne réfléchis pas. Si je prends des initiatives, c’est encore pire: je suis un mauvais subordonné. Il me harcèle! Que faire?

Le proverbe du sage Nô-Mi

Apprends d’abord à ne pas craindre l’épée que tu as entre les mains et tu vaincras alors la peur que tu as de celle de ton adversaire...

 

La réponse du psy

Nous avons déjà eu l’occasion de parler des “mots qui tuent” et je relevais alors à quel point le langage peut devenir une arme aussi tranchante qu’un couteau et aussi meurtrière qu’une arme à feu. La douleur physique peut se mesurer en constatant l’étendue et la gravité des blessures alors que la douleur morale ne se voit pas. Et pourtant, elle est au moins aussi difficile à supporter et aucun onguent miracle n’est en mesure d’en calmer les algies acérées. Sous le couvert d’une critique justifiée et anodine, on peut empoisonner l’existence d’autrui, en toute impunité et c’est là, à mon avis, un acte particulièrement malveillant. Dans le film “Mélodie en Sous-sol” de Henri Verneuil, une réplique signée Michel Audiard fait mouche: “Tu nous feras mourir de chagrin, ton père et moi” dit une mère à son fils qui joue les caïds. Et il répond du tac au tac: “Tant mieux, comme ça au moins on ne retrouvera pas l’arme du crime!” Les mots peuvent blesser, c’est indéniable...

En tant qu’employé, vous n’êtes naturellement pas en position de force et il vous est sans doute difficile d’esquiver ces attaques “personnelles”. Mais vous avez néanmoins un avantage que vous pouvez exploiter. Les personnes qui s’amusent ainsi à “torturer” leurs subordonnés semblent fortes et invulnérables. Détrompez-vous: derrière leur mince bouclier de “fonction”, elles sont beaucoup plus faibles que vous ne l’imaginez. Leur besoin quasi pathologique de “taper” sur ceux et celles qui semblent sans défense, provient en général d’un sentiment profond d’amertume et d’échec dont la cause est le plus souvent affective. Un divorce douloureux, une communication qui vire à l’aigre, des objectifs largement manqués, des cibles jamais atteintes constituent un creuset d’où peut jaillir une source mesquine de venin qui sera projeté sur les autres pour se donner l’illusion stupide qu’ils paient une partie du désastre. En d’autres termes, votre chef se permet de vous “démolir” parce qu’il a un compte à régler avec sa propre destinée...

Partons donc de l’idée que vous avez en face de vous quelqu’un qui, dans son armure qui projette du vitriol, vacille sous le poids du doute et de la misère affective. De votre côté, vous n’avez rien à perdre: qu’importe, dans votre situation, de perdre votre emploi? Vous seriez certes au chômage, mais débarrassé d’un fardeau qui vous use et qui, à la longue, minera votre santé. Donc... changez de tactique et attaquez. Systématiquement, lorsque vous êtes assailli de critiques, retournez-les et battez-vous au lieu de subir passivement. Une fois la surprise passée, votre supérieur hiérarchique tentera sans doute d’enclencher la vitesse supérieure pour vous museler. Ne vous laissez pas influencer et appliquez la loi du talion: “Oeil pour oeil, dent pour dent.” Renvoyez le poison d’où il vient, montez au créneau, faites la guerre. Par oral, jamais par écrit. C’est une erreur commune que l’on commet trop souvent: on croit qu’une lettre aura plus de poids en cas de conflit qu’une phrase bien sentie. Détrompez-vous: c’est en répliquant directement que vous obtiendrez les meilleurs résultats. N’en démordez pas: répondez, ripostez, objectez, protestez, réagissez, à haute voix, sans vous gêner et renvoyez la balle dans l’autre camp.

Dans un premier temps, les choses risquent de s’envenimer, certes, mais c’est le prix à payer pour crever l’abcès. Et puis, soit vous n’aurez pas gain de cause et vous partirez mais vous aurez au moins la satisfaction de ne pas vous être laissé faire, soit les critiques s’estomperont progressivement. Les “faibles” ont horreur des rebuffades et fuient les personnes qu’ils ne peuvent plus écraser de leur haine verbale. Et c’est bien ce qui les rend pitoyables: ils ne se comportent en “matamores” qu’avec des victimes dont ils ont déjà brisé toute résistance. Un sursaut de celles-ci et c’est aussitôt la débandade. Mais je reconnais qu’il faut un certain courage pour oser se lancer et contrer: rien ne nous y a préparé et notre éducation nous dicte plutôt d’afficher un profil bas sans lutter pour obtenir réparation. Cependant, un moment donné, il devient urgent et vital de montrer que derrière un pâle sourire de façade il peut y avoir des dents tranchantes et que sous une patte de velours se cachent des griffes redoutables.